Susan Meiselas – Nicaragua, Histoire, Mémoire
Du 21 octobre 2026 au 7 mars 2027
Fondation Henri Cartier-Bresson, 79 rue des Archives, 75003 Paris
Susan Meiselas revient sur les images qui ont fait entrer la révolution nicaraguayenne dans la mémoire collective
À partir du 21 octobre 2026, la Fondation Henri Cartier-Bresson consacre une exposition majeure à Susan Meiselas, photographe américaine membre de Magnum Photos. Cette rétrospective propose de relire un corpus exceptionnel consacré à l’insurrection qui renversa le régime d’Anastasio Somoza Debayle, puis à la longue postérité de ces images dans l’imaginaire collectif. Plus d’une centaine de photographies, de documents et d’extraits de films permettent de comprendre comment une œuvre documentaire peut devenir, avec le temps, un symbole partagé bien au-delà du contexte qui l’a vue naître.
Une exposition sur la naissance et la vie des images
L’exposition interroge d’abord la manière dont Susan Meiselas a documenté le Nicaragua entre juin 1978 et juillet 1979. À cette période, le pays traverse une séquence historique décisive : l’insurrection populaire se transforme en guerre révolutionnaire entre le Front sandiniste de libération nationale et la Garde nationale du dictateur Anastasio Somoza Debayle, alors soutenu par les États-Unis. La photographe y observe la vie quotidienne, les mobilisations, les combats de rue et l’accession au pouvoir des forces sandinistes.
Mais l’exposition ne se limite pas à une reconstitution chronologique des événements. Elle examine surtout le devenir des photographies réalisées par Susan Meiselas. Publiées dès 1981 dans l’ouvrage Nicaragua, juin 1978-juillet 1979, ces images ont connu une diffusion considérable. Elles ont été reproduites sur des affiches, des timbres, des boîtes d’allumettes, des t-shirts ou des fresques murales. Certaines ont servi à célébrer la révolution, d’autres ont été mobilisées pour la critiquer ou la contester.
Ce parcours met ainsi en lumière un phénomène essentiel de la photographie contemporaine : l’autonomie progressive de l’image par rapport à son auteur et à sa fonction initiale. Une photographie de presse peut documenter un instant précis, puis être reprise, recadrée, légendée et réinterprétée au fil des décennies. Elle cesse alors d’être uniquement le témoignage d’un événement pour devenir un objet de mémoire, parfois un emblème politique, voire un lieu de conflit mémoriel.
Susan Meiselas, une figure majeure du photojournalisme
Née en 1948, Susan Meiselas est l’une des photographes les plus influentes de sa génération. Diplômée de l’université de Harvard, où elle a étudié l’éducation par l’image, elle a très tôt exploré les rapports entre photographie, document et représentation. Son premier livre, Carnival Strippers, publié en 1976, portait sur les spectacles de strip-tease dans le nord-est des États-Unis et témoignait déjà d’une attention particulière portée aux personnes photographiées, à leur parole et à leur environnement social.
Elle rejoint ensuite Magnum Photos. Son travail au Nicaragua s’inscrit dans la tradition du photojournalisme engagé, tout en s’en distinguant par une réflexion constante sur la responsabilité du photographe. Susan Meiselas ne considère pas l’image comme un simple résultat technique ou esthétique. Elle s’interroge sur les conditions de sa production, sur sa circulation et sur les usages qui en sont faits après sa publication.
Son retour régulier au Nicaragua après 1981 constitue un geste rare dans l’histoire du photojournalisme. Plutôt que d’abandonner un sujet une fois l’actualité passée, elle a cherché à rencontrer les personnes présentes dans ses photographies, à comprendre ce que ces images étaient devenues dans le pays et à mesurer l’écart entre le réel documenté et les symboles construits autour d’elles. Cette démarche confère à l’exposition une profondeur particulière, celle d’une enquête menée sur près de quatre décennies.
Le Nicaragua au cœur de la révolution sandiniste
Le Nicaragua occupe une place singulière dans l’histoire politique de l’Amérique centrale. À la fin des années 1970, la dictature de la famille Somoza, au pouvoir depuis plusieurs décennies, fait face à une opposition populaire de plus en plus déterminée. Le Front sandiniste de libération nationale, inspiré en partie par les luttes révolutionnaires latino-américaines, devient le principal mouvement armé d’opposition au régime.
Les combats se déroulent dans les villes comme dans les campagnes. Les photographies de Susan Meiselas saisissent cette bascule historique avec une intensité remarquable. Elles montrent les insurgés, les populations civiles, les destructions, les barricades, les funérailles et les moments de victoire. Parmi les images devenues célèbres figure celle du Molotov Man, réalisée à Estelí en 1979, représentant un combattant sandiniste au moment de lancer un projectile en direction des forces de la Garde nationale.
Cette photographie illustre parfaitement la thèse centrale de l’exposition. Réalisée dans une situation de guerre, elle a ensuite été largement diffusée, copiée, détournée et réappropriée. Elle est devenue une icône de la révolution sandiniste, au point parfois de masquer la complexité du contexte dans lequel elle a été prise. L’exposition invite donc à regarder à nouveau cette image, non comme un simple symbole, mais comme le point de départ d’une histoire visuelle plus vaste.
Une exposition conçue par Clément Chéroux
Le commissariat de l’exposition est assuré par Clément Chéroux, directeur de la Fondation Henri Cartier-Bresson. Historien de la photographie et ancien conservateur au Musée national d’art moderne, au Jeu de Paume puis au San Francisco Museum of Modern Art, il est reconnu pour sa capacité à construire des expositions qui articulent rigueur historique et lisibilité pour un large public.
Avec Susan Meiselas, Nicaragua, Histoire, Mémoire, il propose un parcours qui ne se contente pas d’accrocher des photographies sur les murs. L’exposition réunit des images, des documents d’archives, des publications et des extraits de films afin de restituer la circulation réelle des photographies dans la société. Cette approche documentaire élargie permet de comprendre comment une image peut changer de statut : elle naît comme témoignage, devient objet médiatique, puis symbole politique et enfin matériau de mémoire.
Le choix de la Fondation Henri Cartier-Bresson pour accueillir ce projet prend également un sens particulier. L’institution, dédiée à la photographie et au travail d’Henri Cartier-Bresson, entretient un dialogue constant avec l’héritage du photojournalisme humaniste. En présentant le travail de Susan Meiselas, elle prolonge cette histoire tout en montrant comment la photographie documentaire a évolué depuis les années 1970, notamment sous l’effet des questionnements sur l’éthique, la mémoire et la réception des images.
Informations pratiques :
- Artiste : Susan Meiselas
- Exposition : Susan Meiselas, Nicaragua, Histoire, Mémoire
- Lieu : Fondation Henri Cartier-Bresson, 79 rue des Archives, 75003 Paris
- Dates : Du 21 octobre 2026 au 7 mars 2027
Photo de couverture : © Susan Meiselas







