Les rencontres photographiques du 10e à Paris
Une biennale engagée, au cœur du 10ᵉ arrondissement
Depuis sa création en 2005, les Rencontres Photographiques du 10ᵉ se sont affirmées comme un rendez-vous culturel essentiel à Paris, mettant en lumière la photographie contemporaine et les voix émergentes autant que reconnues. Organisées par le collectif Fetart en collaboration avec la Mairie du 10ᵉ, cette biennale porte une double ambition esthétique et citoyenne : proposer un regard artistique exigeant tout en ouvrant largement ses expositions au sein d’espaces du quotidien — galeries, librairies, jardins, lieux publics de l’arrondissement — afin de rendre l’art accessible et de faire interagir les œuvres avec les habitants.

Une sélection d’artistes au prisme de la diversité et de l’identité
L’édition 2025 s’illustre par la richesse des projets retenus : près de 500 candidatures examinées, huit artistes lauréats — femmes et hommes — dont les travaux captent des enjeux actuels tels que la mémoire, l’insularité, l’identité, le paysage naturel et urbain, ou encore les traces du colonialisme. Parmi eux, des séries comme Rivage de Chia Huang — qui explore les côtes de Taïwan et le destin de ses habitants face aux tensions environnementales et géopolitiques — ou Togo Exotique d’Elsa Leydier, pensée comme une critique des filtres coloniaux dans le regard photographique. Ces approches témoignent d’une volonté partagée de mêler le témoignage et l’expérimentation, l’engagement et l’introspection.

Une structure qui favorise l’interaction et la multiplicité des regards
Les Rencontres Photographiques du 10ᵉ ne se contentent pas de présenter des expositions statiques : elles instaurent une forme de parcours photographique dans l’arrondissement, avec des « hotspots » (points d’exposition satellite), des lectures de portfolios, des projections et des rencontres. Ce dispositif permet non seulement de diversifier les espaces de diffusion mais aussi de créer des dialogues entre les œuvres et leur environnement — matériel, urbain, humain. L’arrondissement devient ainsi plus qu’un simple cadre : il joue un rôle actif dans la réception des images et dans l’expérience esthétique collective.

Enjeux artistiques, symboliques et sociétaux
Artistiquement, cette édition renforce la place de la photographie comme médium d’interrogation — de ce que signifie être “chez soi”, de ce que restent les territoires face aux transformations (climatiques, culturelles, politiques), de la manière dont l’image porte mémoire ou contestation. Socio-symboliquement, les Rencontres Photographiques du 10ᵉ contribuent à rendre visible ce qui est souvent en marge : les femmes, les diasporas, les espaces “oubliés” ou périphériques, les identités composites. En invitant le public à flâner, à aller vers l’œuvre dans des lieux inattendus, le festival ouvre aussi une dimension participative, incitant à ce que chacun se reconnaisse ou se questionne dans ces images. En définitive, il ne s’agit pas seulement de regarder des photos, mais de façonner des regards, de réinventer un partage et une conscience collective par l’art.
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