Charlène Yves, photographe
Pouvez-vous vous présenter en quelques mots ?
Je m’appelle Charlène et je suis photographe professionnelle. Je me spécialise dans la photographie Corporate (évent, portraits, reportages) ainsi que dans les photos de famille. Le point commun entre ces deux univers : l’humain que je place toujours au centre de mes projets. J’ai débuté mon parcours par la photographie artistique en expérimentant des procédés anciens. Cette approche m’a permis de comprendre le subtil équilibre entre lumière et composition. Je travaille désormais en numérique tout en gardant cette harmonie qui se reflète tout autant dans mes travaux personnels que dans mes commandes professionnelles.
Comment avez-vous commencé la photo ?
J’ai commencé la photo au début d’une longue période d’arrêt maladie. Je ne me retrouvais plus dans les valeurs que mon travail m’imposait et je plongeais dans une dépression. Dans ces périodes de vide, j’ai toujours exploré de nouvelles activées créatives et artistiques. J’avais plusieurs fois entendu parlé du sténopé, une pratique photographique alternative. Puisque je me voyais pour la première fois de ma vie avec beaucoup de temps devant moi, j’ai commencé à explorer. J’ai fabriqué une première boite noire et devant moi s’est ouverte une grande porte : la photographie
Votre premier appareil photo ?
Mon premier appareil était une boite noire fabriquée maison : un sténopé. Il s’agit du système low tech et le plus simple qu’il soit pour faire des photos : une boite peinte de noir à l’intérieur sans objectif mais avec un simple petit trou d’aiguille pour laisser passer la lumière et un papier photosensible dans le fond de la boite pour figer l’image qui y est projetée.
Les rencontres qui ont marqués votre carrière ?
Mon grand père qui avait un labo photo dans la salle de bain de la maison familiale. Il a indéniablement planté la graine en moi qui a mis plus de 30 ans à germer. L’odeur des chimies argentiques s’est révélée être ma madeleine de Proust.
Les photographes qui vous inspirent ?
Principalement des femmes. Je citerai Francesca Woodman. La découverte de son œuvre a joué un rôle dans mon choix de travailler sur l’autoportrait. Son travail m’a profondément marqué notamment par ses flous, ses cadrages et le grain particulier de ses photos. Je trouve que ses images parviennent à superposer avec précision une infinie douceur et une grande douleur. Et je citerai aussi Sophie Calle. À travers son travail, j’ai découvert toute la puissance narrative qu’une artiste peut méticuleusement consigner dans une seule image.
Vous êtes plutôt noir et blanc ou couleur ?
Pour les besoins de mes commandes corporate, je travaille en grande partie en couleur. Je me laisse le loisir d’explorer la couleur ou le Noir & blanc en fonction de mes projets. Pour certains sujet, j’aime utiliser le noir et blanc pour focaliser le regard sur les lignes et le graphisme, ou bien pour souligner l’intemporalité d’un moment .
Plutôt argentique ou numérique ?
J’ai débuté en argentique mais aujourd’hui je suis entièrement passée au numérique. La principale raison est sans doute la praticité de cet outil. Cependant, restant profondément attachée au rendu argentique, je traite mes photos en partie comme si elles étaient issues de la photographie argentique en cherchant à faire apparaître du grain. J’ai également mis au point un dispositif permettant de réaliser des sténopés numériques et continuer à travailler avec le hasard et les flous que j’affectionne particulièrement dans ce procédé photographique.
Dans le sac du photographe ; Quel est votre matériel photo actuel ?
J’ai toujours deux boîtiers afin de pouvoir capturer les moments avec deux objectifs différents, simultanément. Comme je limite considérablement le recadrage de mes photos en post-production, il est crucial que les cadrages soient précis dès la prise de vue. L’avantage de travailler avec deux objectifs en même temps réside dans la possibilité d’offrir deux interprétations distinctes d’un même instant. Mon objectif fétiche est un 135m pour les portraits, des close-up et pour capturer des petits secrets. Il est complété par un 24-70mm, pour sa polyvalence, et un 50mm car il est particulièrement lumineux et léger. Avant de fermer mon sac, j’ajoute mon flash cobra, des cartes mémoires et 4 batteries pour mes boitiers.
Quel serait votre matériel photo idéal ?
J’adore mes canon 5D mais j’aimerais qu’ils soient un peu plus légers et moins bruyants. Je n’ai pas encore fait le pas de passer aux hybrides car j’ai du mal a me familiariser avec le viseur électronique de ces nouveaux boitiers.
Ce que vous aimez en photographie ?
L’essence même de ma passion réside dans l’humain. Les rencontres, la confiance, le partage de moments intimes. La capture de l’authenticité sont des éléments qui me fascinent profondément. De plus, rien ne me procure autant de satisfaction que de pouvoir faire plaisir aux personnes que je photographie. Je suis consciente de la valeur émotionnelle immense des photos de famille pour mes clients.
Ce que vous détestez en photographie ?
Je ressens une aversion envers la manière dont la profession de photographe est traditionnellement associée au genre masculin. On m’appelle d’ailleurs régulièrement “Madame LE photographe.” En parallèle, dans mon travail de photographe de famille, je constate que ce sont souvent les femmes qui, de nos jours, se chargent de construire l’héritage photographique familial. Ce sont elles qui photographient la famille, qui consignent les images dans des albums et qui partagent les photos avec les autres membres de la famille. Les mamans semblent peu à peu disparaître des photos, car ce sont majoritairement elles qui capturent la vie à travers la photographie. Ça me rends triste de savoir que certaines mamans n’ont pas de belles photos d’elles entrain d’allaiter ou de câliner leur bébé (à part quelques selfies, qu’elles se sont résolue à faire pour garder une trace de ces moments).
Où trouvez-vous votre inspiration ?
Instagram, qui peut parfois être source de sentiments ambivalents pour moi. Certains jours, lorsque je fais défiler des dizaines d’images époustouflantes les unes après les autres, je ressens une sorte de découragement. Il devient évident qu’il existe déjà une multitude de photographes extrêmement talentueux et je me demande parfois si mon travail a réellement un intérêt au regard de tout ce talent défilant sous mes yeux. Cependant, d’autres jours, je perçois Instagram comme une mine d’or d’inspiration, une invitation à créer, à expérimenter et à oser. Etant basée à Paris, j’ai également la chance de pouvoir explorer une abondance d’expositions artistiques dans les musées. Que ce soit des expositions de photographie ou de peinture, elles me donnent une source constante d’inspiration et me rappellent la richesse de la créativité artistique qui existe au-delà des plateformes en ligne.
Que souhaitez-vous transmettre à travers vos photos ?
De manière générale, je cherche à transmettre une émotion plutôt qu’à réaliser un cliché techniquement parfait. Mon objectif est de mettre en lumière une âme plutôt que de valoriser uniquement un visage ou un corps. J’aime transmettre la douceur avec laquelle je perçois les personnes que je photographie. Ressentir que j’arrive à communiquer cette douceur avec justesse me remplit de gratitude.
Quelle est votre photo préférée ?
Il me semble que c’est une photo que j’ai prise lors d’une soirée au Cabaret de Madame Arthur. J’ai passé plusieurs dizaines de soirées à photographier les artistes sur cette scène du 18e arrondissement à Paris. Couleurs vives, lumières éclatantes, paillettes, hauts talons, nylon et plumes : un ensemble décadent propice à la création de photos époustouflantes. Parmi tous les clichés que j’ai réalisés au cabaret, il y a cette photo de Patachtouille. L’instant capturé, les confettis tourbillonnant autour de cette créature, la lumière en contre-jour, les reflets brillants. Cette photo a été prise en 2019, et je n’arrive toujours pas vraiment à l’expliquer.
Votre travail photographique que vous avez préféré ?
Depuis 2022, je suis chargée de photographier des événements dans le cadre du festival littéraire HORS LIMITES. Cette mission est tout simplement passionnante. D’abord, en raison de la diversité des événements à photographier : lectures musicales, ateliers pour enfants, rencontres-débats, parcours itinérants, etc. De plus, la variété des types de photos à prendre (portraits, ambiance, photos d’artistes, photos de lieux…) rend cet exercice très enrichissant. Sur un plan plus personnel, j’ai la chance d’assister à de nombreux événements qui abordent, entre autres, le sujet du processus créatif des artistes invités. C’est une mission particulièrement stimulante.
Sur quoi travaillez-vous en ce moment ?
Généralement, je me concentre sur la photographie de sujets humains, mais une expérience familiale personnelle m’a dirigé vers le monde des fleurs. Depuis un an, je travaille sur une série entièrement en couleurs, explorant les flous, leurs lignes graphiques et la douceur.
Des projets à venir ?
J’aimerai aboutir une série de portraits et autoportraits au sténopé numérique. Ce projet explore les différentes facettes qui composent chaque être humain et la manière dont nous sommes formés par les personnes qui nous entourent. J’essaye de parler de l’identité individuelle et l’influence des relations interpersonnelles sur notre développement. Je pense que le rendu du sténopé permets de capturer l’essence des complexités de l’être humain d’une manière unique et intrigante.
Quels conseils donneriez-vous à une personne qui se lance en photographie ?
Oser, expérimenter, collaborer avec d’autres. Choisir du matériel adapté : parfois, l’attention se porte principalement sur le boîtier, mais il est crucial de comprendre que le choix de l’objectif peut être déterminant dans le rendu final de vos photos. Opter pour des focales fixes peut également être bénéfique car cela favorise l’apprentissage du déplacement et affine le regard photographique.
Quels erreurs à éviter quand on se lance en photographie ?
Faire des erreurs constitue une phase inévitable et précieuse dans le processus d’apprentissage, que ce soit en photographie ou dans d’autres domaines. Ces erreurs m’ont permis d’apprendre à m’adapter, de développer une réflexion sur les techniques et de maîtriser l’art de la correction. Elles m’ont non seulement offert l’opportunité de prendre confiance en moi mais également de me donner confiance dans mon travail. L’erreur n’est pas seulement inévitable, elle est également essentielle pour le développement personnel et professionnel. C’est un moyen d’explorer, d’apprendre et de grandir. Alors l’erreur à éviter serait celle de ne pas se permettre d’en faire !
Quels sont vos conseils pour se faire connaître, trouver des clients, exposer ou éditer ?
Plantez des petites graines dès que cela est possible. Partagez, écoutez les conseils, mais faites confiance à votre intuition. N’hésitez pas à être audacieux, osez foncer ! Chouchoutez votre réseau, c’est souvent vos proches et vos connaissances qui vous recommanderont.








