Marjaana Kella - L’envers du portrait
Marjaana Kella : “L’envers du portrait” quand le portrait interroge l’essence de la photographie
« J’ai choisi le portrait comme sujet… » Ces quelques mots suffisent à dévoiler la fascination de la photographe finlandaise Marjaana Kella pour la présence humaine à l’image. Depuis près de trente ans, son œuvre explore la subtilité et le mystère de l’autre, repoussant les limites de la représentation photographique traditionnelle.
L’hypnose comme révélateur de l’invisible
Entre 1997 et 2001, Marjaana Kella s’aventure sur un terrain audacieux : celui des portraits sous hypnose. Ses modèles, plongés dans un état de dissociation entre l’intériorité et l’apparence extérieure, deviennent les sujets d’une réflexion profonde. Que révèle le visage d’une personne en transe ? Peut-on capturer cet entre-deux, où la conscience semble vaciller entre deux mondes ?
En interrogeant cette dissociation, Kella questionne non seulement l’apparence extérieure mais aussi notre perception de ce qu’un portrait peut transmettre. Elle force le spectateur à regarder au-delà des traits, à s’interroger sur la vérité contenue dans l’image.

Tourner le dos à la tradition
Durant cette même période, Kella expérimente une autre approche radicale : des portraits où les modèles tournent le dos à l’objectif. Ce choix délibéré perturbe le regard du spectateur, habitué à scruter le visage, les yeux, l’expression. Emmanuel Levinas écrivait : « Dès que le visage de l’autre apparaît, il m’oblige. » En effaçant cette présence directe au monde, Kella déplace notre attention : l’image n’est plus seulement un miroir de l’âme, mais un objet en soi, une énigme à déchiffrer.

La photographie comme expérience
L’approche de Kella s’apparente à une méthode expérimentale : elle fait varier les paramètres du portrait pour en examiner les effets. Qu’arrive-t-il à l’image lorsque le visage disparaît, lorsque l’état mental est altéré, lorsque les conventions du portrait sont brisées ?
En questionnant non seulement la manière dont les portraits sont réalisés mais aussi la façon dont nous les percevons, Kella invite à une réflexion plus large : qu’est-ce qu’une photographie ? Où commence et où s’arrête son rôle de représentation ?

Une œuvre qui repousse les frontières
Le travail de Marjaana Kella s’inscrit dans une quête à la fois artistique et philosophique. Elle ne se contente pas de photographier des sujets, elle explore l’essence même de la photographie, ce qu’elle révèle et ce qu’elle cache. En s’éloignant des codes traditionnels, elle invite le spectateur à abandonner ses attentes et à embrasser l’image comme une expérience.
Ses portraits, qu’ils soient face à l’objectif, de dos ou sous hypnose, ne sont pas simplement des reflets de la réalité : ils sont des fenêtres ouvertes sur les multiples façons de regarder, de penser et de ressentir.
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